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TPE ? Vous avez dit TPE ?

          Déjà en seconde, j'en entendais parler autour de moi au lycée et appréhendais quelque peu le début de ce travail qui me semblait aussi éloigné et ardu qu'une thèse de doctorat. C'est donc logiquement avec une légère inquiétude qu'en ce 15 septembre 2011, désormais lycéenne en 1ere S européenne, j'ai franchi le pas de la porte qui nous menait, mes camarades et moi, vers la première réunion avec les professeurs concernant les Travaux Personnels Encadrés. Entre explications, informations, indications, conseils, répétitions, ordres de silence et autres manifestations de droits et devoirs professoraux, je saisis petit à petit l'ampleur et le but de ma mission.

Avant tout, trouver un groupe. L'affaire est vite réglée, je m'arrange avec Maxime et nous voilà en binôme motivé et audacieux, prêts à affronter mille et un dangers afin de, en bout de course, brandir fièrement notre trophée.

Ensuite, choisir un sujet et délimiter une problématique. C'est ici que les choses se corsent : notre premier obstacle arrive bien vite ! Alors qu'une ou deux semaines plus tard, les groupes autour de nous avaient déjà trouvé leur sujet et débuté leurs recherches, nous pataugions encore dans les marécages. Nous avons tout balayé : les ressources énergétiques du futur, les traitements médicaux innovants, les défis de l'espace, les effets réversibles et irréversibles des modifications de l'environnement, les éléments toxiques pour l'Homme, les effets du poison sur l'organisme et tant d'autres ! Rien ne nous convenait : sujet trop vaste ou de niveau bien trop supérieur à celui d'une 1ere S, matériel à disposition peu performant ou insuffisant pour tel ou tel sujet, et ainsi de suite. Et un beau jour, eurêka ! Un article du Courrier International tombe sous le pointeur de notre souris épuisée de clics, et c'est la révélation : pourquoi chercher à compliquer alors que l'on a déjà notre objet d'étude sous les yeux, à savoir la rivière de notre département et son éventuelle pollution ? Quoi de mieux qu'une étude de cas concrète ? Et jeunes gens, intéressés par l'enjeu environnemental, que nous sommes, impatients d'effectuer quelques expériences palpitantes, que pouvait-on demander de plus ? Nous nous mettons rapidement au travail : des sites tels que www.aquawal.be, www.lenntech.fr et www.oieau.fr nous ont fourni de précieuses informations pour la suite de notre projet. Bientôt, une autre membre, Hélène, récemment revenue de son séjour linguistique au Canada, rejoint notre groupe, et nous voilà désormais trois à voguer courageusement sur les mers déchaînées en direction de notre destination finale : l'examen oral du TPE.

 

Tout ne se finit malheureusement pas sur cette note positive. Après ce joyeux épisode, nous entrons dans une période, qualifiée en russe de « иду туда, не знаю куда », c'est-à-dire, approximativement, « je vais là-bas, mais je ne sais pas où est là-bas ». Nous étions bien trop concentrés sur les expériences que l'on pouvait éventuellement effectuer et présenter au jury et en oubliions un fait crucial : bien que l'idée était à portée de main, la problématique était toujours trop vague, il nous restait encore à la définir ! En conséquent, au lieu d'une démarche purement scientifique du type « j'observe un phénomène, je me pose une question, j'expérimente, je conclus », nous remontions à contre-courant : d'abord nous faisons nos expériences, et après seulement nous nous intéressions à la problématique que l'on adoptait au petit bonheur à nos manipulations ! Original, certes, mais peu efficace. Après discussion avec notre professeur d'SVT, nous avons bien compris la démarche hypothético-déductive qui nous faisait défaut, et nous sommes redirigés vers une voie plus classique et concluante.

 

Encore une difficulté derrière nous ! Mais nous n'étions toujours pas au bout de nos surprises... Plusieurs bâtons dans les roues venaient nous ralentir.

D'abord, une difficulté matérielle. Nous nous sommes rendus compte, à nos dépens, que nombre des expériences indispensables pour répondre à notre problématique étaient coûteuses, dangereuses ou demandaient simplement un matériel non disponible au lycée. L'identification des ions, par exemple, exigeait du bromure, auquel nous n'avons pas eu accès faute de sa toxicité ; le turbidimètre nécessaire ne se trouvait pas dans l'établissement. Nous avons donc dû restreindre nos manipulations aux plus basiques, donc pas des plus pertinentes pour répondre à notre besoin. Ainsi, même pour la mesure du pH nous avons dû nous restreindre aux simples bandelettes test !

Ensuite, impossibilité de joindre un quelconque laboratoire pour l'identification des micro-organismes décelés lors de l'étude bactériologique : le laboratoire des eaux de la Faculté de Sciences à Besançon ne répondait pas, le laboratoire d'hydrogéologie de la ville changeait sans cesse de numéro, la mairie était injoignable, le téléphone lui-même nous renvoyait à chaque fois vers des numéros non attribués, etc. De même, les stations d'épuration et/ou d'assainissement des eaux ne donnaient aucun signe de vie non plus. Une facette de notre raisonnement est donc restée dans l'ombre, malgré l'intérêt qu'elle pouvait nous apporter.

Enfin, le manque de temps s'est également fait ressentir, en particulier les deux derniers mois, et plus particulièrement encore lors du départ de mes deux camarades pour la Norvège, voyage qui s'immisce dans la période la plus tendue où il nous restait encore une ou deux expériences à peaufiner, notre production à compléter, notre oral blanc à préparer !

 

Au tout début, je considérais les TPE comme une sorte d'exposé plus conséquent que ceux qu'on a pu rencontrer jusqu'ici, un travail scolaire comme un autre. Mais très vite, je me suis rendue compte que non, il n'est est rien, il s'agit de bien plus que cela.

L'autonomie y est bien plus marquée et cela se répercute sur le travail entier en lui-même. C'était à nous de faire des recherches, à nous de faire preuve d'initiative, à nous de contacter des personnes plus compétentes, à nous de construire notre travail de A à Z. Quelle fierté à la fin de jeter un œil sur les longs mois de dure labeur et se dire : j'en ai sué mais j'ai participé à ce projet, j'y ai mis du mien. Par ailleurs, mon appréhension quant aux conversations téléphoniques par exemple, en digne timide que je suis, s'en est vue diminuée, car je suis souvent allée de l'avant pour prendre la parole, aussi bien au combiné que devant les professeurs.

Par moments, je n'étais plus motivée pour reprendre ou continuer le travail, car une importante quantité de résultats négatifs, de recherches inabouties, d'efforts investis parfois pour rien, tout cela venait petit à petit étouffer mon enthousiasme et ma volonté. Souvent on pense à tort que les scientifiques ont un métier très tranquille, sans aucun souci particulier et qu'il suffit d'apprendre un millier de formules pour exceller dans le domaine. Grossière erreur ! Préparez donc un TPE pour vous en rendre compte ! Cette initiation l'occasion pour moi de découvrir l'esprit scientifique : détermination, rigueur, minutie, patience, contrôle de soi !

Bien que souvent nous avons dû improviser et imaginer de nouvelles intrigues pour contourner le manque matériel, cela nous a appris à nous débrouiller avec les moyens du bord, à ne pas baisser les bras à la première difficulté. De même pour le manque de temps : au lieu de céder à la panique et à nous disputer pour cause de nos nerfs à vif, nous nous sommes organisés, répartis les tâches, nous avons coopéré, et tout ceci dans l'entraide et la bonne humeur !

 

Pour conclure, ce projet n'a pas présenté de points négatifs si ce n'est ceux mentionnés plusieurs fois ci-dessus, à savoir le manque de temps et de matériel. Mais personnellement, je considère que cela n'est rien comparé à tout ce que ce projet m'a apportée : de bons moments passés avec Hélène et Maxime, ainsi qu'une initiation au domaine d'études que j'aimerais poursuivre à l'avenir.

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